Shuck One, l'artiste graffeur : "Connaître sa propre histoire, clé pour dialoguer avec l'autre

Au cœur de la culture urbaine, l'art du graffiti se distingue par sa capacité à capturer des récits souvent oubliés ou méconnus. L'artiste graffeur Shuck One, figure emblématique de ce mouvement en France, illustre comment le parcours personnel et collectif s'entrelacent pour donner naissance à une œuvre vibrante. Son approche artistique ne se limite pas à la simple esthétique ; elle constitue une véritable mémoire collective, porteuse d'un message d'engagement social et de dialogue interculturel. Connaître sa propre histoire apparaît comme une clé pour établir des ponts avec les autres, une thématique centrale dans le travail de cet artiste guadeloupéen.
La genèse de Shuck One : Entre mémoire et histoire personnelle
Né à Pointe-à-Pitre en 1970, Shuck One grandit dans un contexte marqué par les luttes de décolonisation. L'environnement qui l'entoure, profondément ancré dans l'indépendance et l'affirmation des identités, influence son parcours dès son plus jeune âge. À l’âge de 9 ans, il découvre les premières inscriptions politiques sur les murs de sa ville. Ces messages en créole rivalisent d'intensité ; ils sont des cris de révolte, des appels à la libération des îles caraïbes du joug colonial. Les slogans, souvent directs et porteurs d’un sens fort, sont le terreau sur lequel germe sa passion pour le graffiti. L'artiste raconte : « À cette époque, je n'avais pas encore conscience que cela deviendrait mon chemin. »
Un éveil à la conscience politique se produit peu après. Au contact de son oncle et des lectures à la bibliothèque Rémi Nainsouta, une culture politique se forge. Sa rencontre avec des figures comme Paulette Nardal et James Baldwin, par le biais des livres, éveille en lui un sens aigu de l'identité. Ce premier contact avec la littérature et l'histoire devient un levier pour l'artiste, dimension qui se reflète dans ses œuvres. Loin d'être un simple acte d'expression personnelle, le graffiti devient pour lui un moyen puissant de faire résonner les voix oubliées de ceux qui ont œuvré pour la culture noire.
Il est déterminé à aller au-delà de l’expression artistique et à assumer son héritage afro-caribéen. L'art de Shuck One devient une toile sur laquelle se dessine non seulement son vécu, mais également celui de toute une communauté. L’artiste évoque : « Je voulais mettre en valeur certains personnages que je connaissais, d'autres que j'ai découverts par l’histoire de France – des Afro-caribéens qui ont donné leur vie pour Paris. » Cette volonté de transmission de l'histoire personnelle à l'histoire collective est l'une des caractéristiques essentielles de son travail.
Évolution vers Paris : De la rue aux galeries
À l'âge de 14 ans, Shuck One déménage à Paris où il découvre le graffiti tel qu'il est connu aujourd'hui, une forme d'art moins politique que celle qu'il a connue en Guadeloupe. Il commence à infiltrer les métros parisiens, un univers où il trouve son identité artistique. Son choix de nom, "Shuck", symbolise non seulement une affirmation personnelle, mais aussi un lien avec ses racines. Dans les refuges de ce grand espace urbain, il saisit la force de l'expression artistique à travers les murs de la ville, se forgeant une place au sein d’un collectif qui va devenir une référence : le DCM.
Son parcours est jalonné de projets audacieux, exposant sa vision unique d'une identité plurielle. Shuck One embrasse l’esprit du XIXe siècle et le transpose dans un cadre contemporain. L’art qu’il pratique va au-delà d’un simple défi esthétique ; il interroge les dynamiques sociales et culturelles. À la fin des années 1980, après avoir participé à l’exposition « Dix ans de Graffiti Art » au palais de Chaillot, il acquiert une notoriété significative. Cet événement est fondamental : il marque le graffiti comme une forme d' art contemporain reconnue, tout en tissant des liens entre le mouvement de Paris et celui qui persiste à vibrer dans les rues de Guadeloupe.
Panel des figures afro-caribéennes au Centre Pompidou
Shuck One a récemment été sollicité par le Centre Pompidou pour créer une fresque murale : Re-Generation 2025. Cette œuvre colossale met en lumière quarante et une figures emblématiques de l'identité afro-caribéenne, des artistes aux penseurs. Au-delà du simple fait d'exister, chaque personnage est chargé d'un récit qui contribue à reconstituer une mémoire collective souvent négligée. La fresque interroge le spectateur sur les enjeux de cette histoire, comme l’immigration et les luttes identitaires. Entre performance et politisation, chaque élément se mêle pour donner un sens à cette œuvre où l’art devient le vecteur d’un engagement social.
Ce projet, dont l’objectif est de rendre visible l'histoire des Afro-descendants en France, témoigne d’un mouvement grandissant vers la reconnaissance de ces trajectoires. Shuck One vise à engager le public dans un dialogue interculturel, une compression d’histoires individuelles en récits collectifs. Ces portraits, qui sont à la fois forme et contenu, disent autant sur l’artiste lui-même que sur son héritage culturel.

Le dialogue interculturel à travers l’art
Au-delà de l'aspect réminiscence, l'œuvre de Shuck One invite à interroger ce que représente le dialogue interculturel dans le monde contemporain. Dans une société marquée par des tensions culturelles, le graffiti devient une langue universelle par laquelle les histoires se racontent et se croisent. Il ne s'agit pas simplement de racontrer, mais d'échanger, de comprendre, de reconnaître l'autre. Shuck One déclare souvent : « Si toi tu ne connais pas ta propre histoire, comment peux-tu parler à l’autre ? » Cette phrase résume l'essence même de son travail, en soulignant l'importance de l'identité dans le partage des récits.
Les fresques et installations de Shuck se veulent accessibles et engageantes. Elles touchent chacun, quelles que soient les origines ou les croyances. Ainsi, des événements publics, des ateliers et des débats créent des espaces pour discuter autour de l'art, de la culture et des histoires personnelles. Au-delà du simple « beau » visuel, l’artiste évoque les combats, les espoirs et les luttes qui jalonnent l'existence humaine.
- Art citoyens : Des interventions dans les espaces publics pour encourager la participation populaire.
- Éducation : Ateliers pour jeunes afin de transmettre les techniques et l’histoire du graffiti.
- Exposition : Des fresques interactives où le public peut s'immerger dans l’histoire racontée.
Les dispositifs qu’il utilise ne se contentent pas d’évoquer un passé. Ils représentent une vision pour l’avenir, fondée sur l’égalité et le respect des différences. À travers les murs de Paris ou ceux de Pointe-à-Pitre, Shuck One transmet un message d’espoir et d’émancipation.
| Éléments | Description |
|---|---|
| Ateliers artistiques | Événements participatifs ouverts au public pour explorer le graffiti. |
| Fresques murales | Créations artistiques qui racontent des histoires de lutte et de résilience. |
| Expositions | Espaces consacrés à la discussion des enjeux sociaux manifestés à travers son art. |
Transmission et engagement social dans le parcours de Shuck One
La notion de transmission est primordiale dans le travail de Shuck One. Pour lui, il est essentiel d'offrir aux autres la possibilité de se reconnaître dans ces récits. L'artiste prend à cœur son rôle d'enseignant, conférant un sens de responsabilité à chaque coup de pinceau. En utilisant son art comme moyen d'éveil, il encourage les jeunes des quartiers à se réapproprier leur histoire. Cette transmission va au-delà de l'art ; il procède à un véritable enseignement des valeurs d'empuissancement.
Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à créer, mais d’embrasser un ensemble de valeurs qui recoupent solidarité et responsabilité. Impulser des actions communautaires, organiser des rencontres entre jeunes et anciens, stimule une dynamique d’appartenance et d’identité. L’œuvre de Shuck One devient un outil de renforcement des liens communautaires.
- Renforcement des identités : Projets de collaboration entre artistes de divers horizons.
- Création d'espaces de réflexion : Ateliers autour de l'art engagé et des luttes sociales.
- Collecte de récits : Mise en réseau des histoires individuelles pour enrichir la fresque.
Cette croyance en la transmission impacte directement le travail des jeunes qu’il côtoie. À travers ses projets, il propose un espace où leur voix peut s’exprimer, un cadre propice à l’émergence de talents. Le graffiti devient une manière de raconter leurs combats, de célébrer leurs réussites, et de s'affirmer dans un monde qui souvent rend invisibles leurs réalités.
Événements marquants d'engagement social
Parmi les initiatives notables de Shuck One, il a organisé plusieurs événements où l'art joue un rôle central dans la mobilisation sociale. Ces événements sont l'opportunité d’ajouter du poids à des causes qui lui tiennent à cœur. Que ce soit par des performances live, des murales collaboratives, ou des débats, chaque rencontre est une occasion de traiter des inégalités et historiques souvent repliées dans l’ombre.
| Événements | Date | Thématique |
|---|---|---|
| Fresque collective au sein d'un quartier populaire | 2023 | Identité et représentation culturelle |
| Exposition participative à la Maison des cultures | 2024 | Dialogue interculturel et combat social |
| Ateliers d'initiation au graffiti pour les jeunes | 2023 | Expression créative et engagement social |
Shuck One : Un héritage engagé pour les générations futures
La trajectoire de Shuck One est marquée par une volonté indéfectible d'enseigner et de transmettre. Cet engagement, nourri par une profonde conscience de son histoire personnelle et collective, constitue l'un des fondements de son oeuvre. En dressant le portrait de personnalités noires oubliées à travers l'histoire, il élargit la portée de sa pratique. Son art fait écho à une dynamique plus large qui envoie un message d'universalité à la jeunesse. Créer pour conserver, pour construire des ponts entre passé et futur.
Les œuvres de Shuck One, en tant que fresques publiques, deviennent des lieux de mémoire. Chaque mur se transforme en un endroit où le dialogue interculturel est « gravé » ; il incarne les luttes et les réussites, chacune recélant des histoires qui méritent d'être racontées. Ce lieu d'échange et de réflexion peut éveiller en chaque spectateur une curiosité sur son propre héritage et ce qu'il signifie dans le monde d'aujourd'hui.
Fort de cette approche, l'artiste n'hésite pas à remettre en question les structures et à provoquer des discussions autour des thématiques sociales. Son objectif est de favoriser la conscientisation des jeunes, de les inciter à réfléchir à leur héritage tout en les encourageant à s'engager dans la société. Il conclut parfaitement cette vision en affirmant : « Je ne suis pas un artiste pour créer, mais un artiste pour transmettre. » Cette phrase résume l’âme de son travail et le sens profond de sa pratique artistique.
Vers un futur où chaque histoire compte
Shuck One ne se contente pas de créer ; il forge un récit vivant qui appelle à un avenir où chaque voix est entendue. À travers l’art comme moyen de résistance et de guérison, il aspire à bâtir une structure culturelle solide pour les générations à venir. Cette structure se nourrit d'un passé riche et de récits précieux qui lient chaque individu à une histoire plus large. En agissant ainsi, il montre que la compréhension de son identité est primordiale pour nourrir le dialogue interculturel, essentiel dans nos sociétés contemporaines.
La richesse de l'œuvre de Shuck One réside dans sa capacité à rassembler, à élever des voix souvent étouffées et à créer un espace sûr pour l'expression. Une œuvre d'art devient ainsi un pont, une invitation à la découverte de soi et de l’autre, une réponse aux enjeux de notre époque.